LES ORGUES ALLEN EN FRANCE ET A l’ÉTRANGER

Allen Organ Company a été le pionnier de la technologie du son numérique en 1971.

Combinant un talent artistique acquis au cours de ces décennies et la technologie de pointe du XXIe siècle, les orgues Allen sont aujourd’hui reconnus comme étant les meilleurs instruments numériques et comme les plus fidèles aux orgues à tuyaux traditionnels.

Les ventes d’orgues Allen se font par l’intermédiaire d’un réseau de représentants nationaux, tous formés en Pennsylvanie, à la manufacture, pour l’installation, l’harmonisation in situ, l’entretien et la maintenance. Allen est présent en Amérique du nord, Amérique du sud, en Europe, en Afrique, en Australie et en Asie.

Et, puisqu’il est le fabricant d’orgues le plus intégré, Allen propose des produits de la plus haute qualité avec un support client inégalé.

SERVICE CLIENTÈLE

D’une fiabilité exceptionnelle, les orgues Allen bénéficient d’une garantie des pièces de dix ans et ne nécessitent aucun entretien ou réglage périodique. Dans le cas peu probable où un orgue nécessiterait une réparation, il est effectué par des techniciens formés à l’usine. Les représentants Allen conservent un stock de pièces de rechange et la maintenance de nos orgues garantit un service rapide ne nécessitant aucune soudure sur site.

L’histoire de l’orgue numérique et de l’échantillonnage

par Steven A. Markowitz (4-15-20)
Traduction en français (Allen France)

Toutes les industries ont leurs pionniers, qui ont bouleversé la face du monde. Certains ont été reconnus, d’autres ont voulu rester anonymes, se concentrant sur leur domaine de compétence ; ainsi Jerome Markowitz, à l’origine du premier clavier d’orgue numérique à échantillonnage. Sa créativité visionnaire, son ingéniosité au sens propre du terme, son dévouement mais aussi son audace face au risque, ont permis d’élargir, au fil des décennies, les applications de la technologie numérique dans tous les domaines de la musique.

Le numérique, successeur de l’analogique, est aujourd’hui omniprésent dans l’industrie du son, avec notamment l’avènement des CD et MP3. Mais c’est très curieusement dans une niche qu’il a émergé, l’orgue liturgique, au sein d’une petite entreprise américaine de Pennsylvanie à Macungie.

En 2022, 50 ans se seront écoulés depuis la première vente au monde d’un instrument numérique révolutionnaire. Au développement de l’électronique de très haute fidélité, à la commercialisation de cet instrument, un homme a consacré sa vie, mon père Jerome Markowitz, fondateur d’Allen Organ Company. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir fait vivre cette épopée. 1961 : « […] Je crois que cette nation devrait s’engager à atteindre l’objectif, avant la fin de cette décennie, de faire atterrir un homme sur la Lune et de le ramener en toute sécurité sur Terre ». Cette déclaration audacieuse de John F.Kennedy fut étonnamment prémices du son et des orgues numériques. Il n’était pas ingénieur, mais visionnaire. La technologie nécessaire pour atteindre cet objectif n’avait pas encore été développée. Il fixait dès lors un but pour des scientifiques et des entreprises suffisamment déterminés pour y parvenir.

Des obstacles devaient être surmontés avant que la NASA pût concrétiser la vision de Kennedy ; entre autres la miniaturisation des ordinateurs, de sorte que les calculs complexes comme la télémétrie fussent effectués par les astronautes d’Apollo en temps réel. En 1961, un ordinateur capable de tels calculs pesait des centaines de kilos. Il devait être réduit à la taille d’une petite poubelle, ce qui nécessitait des avancées significatives dans la production, à grande échelle, de circuits intégrés (technologie LSI). La société aérospatiale américaine chargée de résoudre ce problème fut North American Aviation (plus tard dénommée North American Rockwell) qui deviendra, en raison de son expertise dans les fusées, maître d’œuvre du programme Apollo. Elle y dédiera des milliers d’employés.

En 1966, trois ans avant l’alunissage du premier Américain, Rockwell comprit que les dépenses américaines pour le programme Apollo diminueraient au fil des années. Pour compenser cette perte de revenu inévitable, la direction de Rockwell élabora un plan stratégique pour valoriser ultérieurement la technologie de pointe développée pour le programme spatial, dans des produits commerciaux. Les circuits LSI de Rockwell représenteraient une source de revenus à plus long terme.

Au milieu des années 60, l’orgue de salon était en plein essor. Un des scientifiques employé de Rockwell eut l’idée de transposer la technologie numérique à la genèse de sons d’orgue. Mais Rockwell ne possédait aucune compétence dans le domaine musical. Ils cherchèrent alors à collaborer avec une entreprise du secteur, fourniraient la technologie et les circuits LSI et son partenaire, l’expertise musicale et commerciale.

Conformément à la pratique des marchés publics, Rockwell s’attendait à ce que les coût de développement d’un orgue numérique fussent supportés par le marchand d’instruments.

Une fois franchie l’étape de viabilité du concept, Rockwell contacta les grands fabricants américains d’orgues de salon : Hammond, Conn, Wurlitzer. Mais ces entreprises, quoique intéressées par le caractère révolutionnaire de la technologie, ne se montrèrent disposées à investir que quand Rockwell aurait lui même conçu un orgue de travail. Refusant d’assumer cet investissement, Rockwell allait abandonner le projet quand, en dernier ressort, il contacta un petit fabricant d’orgue, Allen Organ Company.

Allen Organ Company, fondée par Jerome Markowitz en 1937, avait toujours été à la pointe de la technologie du son analogique. C’est alors qu’il fréquentait le Muhlenberg College d’Allentown, en Pennsylvanie, que mon père fut séduit par le son de l’orgue à tuyau de la chapelle du collège. Il déclare, dans son livre Triumphs & Trials of an organ builder : « les motifs sonores complexes, créés par les grands accords soutenus, m’ont particulièrement fasciné ». À cette époque, au début des années 30, il n’y avait qu’un seul orgue électrique, le Hammond. Il était compact, peu coûteux par rapport aux orgues à tuyaux, ce qui intriguait Jerome. Cependant, le système de génération des sons électro-mécaniques du Hammond ne pouvait produire que des sons propres à la musique populaire ; pas ceux requis pour la musique classique ou liturgique. Alors, mon père décida de consacrer sa vie à restituer le son de l’orgue à tuyaux par des moyens électroniques.

Ingénieur en électronique autodidacte, expert en technologies radio et tubes à vide, il fut, pendant la seconde guerre mondiale, envoyé à Hawaï pour travailler sur un système avancé de radars. Auparavant, en 1938, il était parvenu à résoudre le problème technique des oscillateurs d’accords stables qui entravait la production de sons musicaux via des moyens électroniques (obtention du brevet US2140267A qui conduira au premier orgue entièrement électronique et au développement d’Allen Organ Company),

Au cours des années 50 et 60, Jerome introduisit de nombreuses innovations et déposa des brevets relatifs aux oscillateurs basse fréquence (US2190078A), à un générateur d’harmoniques à décharge spatiale (US2329069A0), à des haut-parleurs rotatifs Gyrophonic à chicane fixe (US2491674A), à un circuit de réglage des oscillateurs (US2939359A), aux caractéristiques Chiff (US2989886A) ; brevets qui renforcèrent la suprématie d’Allen dans la technologie des orgues analogiques. Succès confirmé par l’installation de milliers d’instruments dans le monde entier.

En 1967, lorsque Rockwell contacta Allen en vue d’une collaboration entrepreneuriale, Jerome Markowitz était un ingénieur mondialement reconnu dans le domaine du son analogique. Visionnaire, il comprit immédiatement le potentiel révolutionnaire du son numérique, appelé plus tard échantillonnage. Il se concentra sur la capacité à reproduire avec précision les formes d’ondes complexes des orgues à tuyaux. Pendant des années, Jerome avait cherché à repousser les limites de la technologie analogique, afin de créer des jeux d’orgue réalistes, fondements des orgues à tuyaux classiques. Mais au milieu des années 60, il arriva à la conclusion que ces limites avaient été atteintes. Son objectif, le son parfait de l’orgue à tuyaux, resté intact, il se prépara à changer radicalement de technologie et de stratégie, quitte à renoncer définitivement à l’ingénierie analogique, son domaine d’expertise premier.

La collaboration avec Rockwell était un pari risqué. Aucune autre entreprise de taille comparable à Allen ne l’avait relevé. En effet, pour produire un orgue numérique commercialement viable, 13 circuits LSI spécifiques s’avéraient nécessaires. Ces circuits faisaient appel à une technologie connue alors sous le nom de MOS (Métal-Oxyde-Semi-conducteur), technologie qu’un seul produit commercial avait alors intégrée : la calculatrice Sharp.

Adolescent, en 1967, j’étais au fait du projet d’orgue numérique ; mais je n’en ai pas saisi la portée. J’ai commencé à comprendre deux ans plus tard, lorsque j’ai visité les installations de Rockwell à Anaheim et à El Segundo, en Californie, avec mon père. La même semaine, Neil Armstrong marchait sur la Lune, c’était une période de grandes attentes chez Rockwell. J’eus le privilège d’être instruit sur la technologie LSI par les ingénieurs de Rockwell, et aussi d’assister à une démonstration de la technologie laser sur laquelle cette société travaillait également. Je me souviens avoir été formé à la croissance de l’épitaxie, un processus de base dans la création de circuits MOS : des trucs sympas pour un ado de 15 ans.

Dans le cadre de la collaboration inter-entreprises et du développement de l’orgue numérique, Allen dut investir deux millions de dollars, un montant énorme pour une société dont le chiffre d’affaires n’atteignait pas huit millions. Après la signature de l’accord, les travaux d’ingénierie prendraient plus de trois ans et nécessiteraient de résoudre des problèmes techniques importants. Plus d’un an après le développement de l’orgue numérique, Allen a découvert d’importantes lacunes concernant l’accord tonal, lacunes que Rockwell ne reconnut pas ; paradoxalement, il s’agissait d’un problème que l’invention de Jerome avait résolu 30 ans plus tôt lorsqu’il travaillait à la genèse des sons analogiques. Le projet faillit de nouveau être annulé. Le problème fut finalement résolu, non sans avoir nécessité un surcroît d’investissement matériel et de temps de développement.

La création d’un orgue numérique roi des instruments, à l’instar de l’orgue à tuyaux, requérait une cohérence des ensembles ; exigeait, outre une technologie de pointe, une compétence artistique pour l’enregistrement et le traitement des sons de tuyaux. Ces tâches d’ingénierie musicale furent de la responsabilité d’Allen Organ Company. Plus précisément de mon père.

Échantillonner signifie enregistrer le son des tuyaux, puis stocker les informations dans l’orgue aux fins de lecture. Jerome expérimenta pendant des mois plusieurs méthodes d’enregistrement. La plus simple, appelée « échantillonnage humide », consiste à placer le microphone dans le bâtiment où l’orgue est installé, loin des tuyaux et, à cet emplacement, tout simplement enregistrer. Cette méthode n’est pas fiable car lesdits enregistrement incluent des distorsions dues au bâtiment ainsi que des bruits extérieurs ; d’autant les gains d’entrée du microphone sont nécessairement plus élevés, eu égard à la distance de la source. Toute tentative d’élimination des bruits indésirables par filtrage entraîne une altération du son du tuyau source.

Certaines entreprises proposent aujourd’hui des « orgues virtuels », basés sur la genèse, par PC, d’échantillons réverbérés. Cette méthode d’échantillonnage réverbéré est un processus plus simple et moins coûteux pour l’enregistrement des tuyaux : moins de puissance de traitement et générateurs de sons moins puissants. Des échantillons réverbérés offrent peu de capacité d’optimisation des sons individuels et de leur mélange dans les ensembles. Ce qui est enregistré est ce que vous obtenez, y compris les distorsions du bâtiment et les bruits extérieurs. L’acoustique de la pièce d’origine, contenue dans ces échantillons, entre alors en conflit avec l’acoustique où l’orgue sera installé.

Pour générer des sons de tuyaux purs, Jerome en conclut que le microphone devait être placé très près de chaque tuyau. Ceci offrait un rapport signal / bruit optimal pour l’enregistrement. Ces sons pouvaient ensuite être travaillés, stockés numériquement dans l’orgue, sans aucune distorsion ou bruits extérieurs. Cette méthode d' »échantillonnage à sec », toujours utilisée par Allen à ce jour, permet de travailler individuellement chaque son numérisé ; exactement comme un facteur d’orgue travaille individuellement chaque tuyau.

Seul ce travail permet de restituer les sensations d’ensemble des plus beaux instruments.

Une fois enregistré, le son des tuyaux doit donc ensuite être stocké dans l’orgue, une opération nécessitant là encore des compétences en ingénierie musicale.

À la fin des années 60, une société financière d’Allentown, GAC (General Acceptance Corporation) permit à mon père de recourir à toute la puissance de l’ordinateur central d’IBM. Par un procédé tenu confidentiel, le traitement des échantillonnages prit de nombreuses heures. Je passai plusieurs nuits là-bas, l’écoutant travailler.

Le résultat se devait d’être parfait. L’encodage dans les mémoires était fort onéreux et Allen s’était engagé à acheter plusieurs milliers de circuits LSI.

Le premier orgue numérique au monde vit le jour en 1971, quinze ans avant toute concurrence. Bien des églises, dans le monde entier, qui n’avaient pas les moyens de faire construire un orgue à tuyaux, purent alors acquérir un instrument.

« The Allen Digital » valut à Jerome Markowitz le très convoité IR-100 Award, récompensant les cent plus importantes innovations de l’année. Le tout premier instrument est aujourd’hui exposé à la Smithsonian Institution.

La collaboration Allen Organ Company / North American Rockwell n’a pas été sans tensions. Un conflit survint en 1971 lors du salon NAMM (National Assiociation of Music Merchants) de Chicago, à l’occasion de la présentation de l’Allen Digital Computer Organ. D’autres sociétés furent approchées par Rockwell, malgré l’accord entrepreneurial conclu avec Allen, À la grande surprise de mon père, le président de Yamaha, Genichi Kawakami, ainsi qu’une vingtaine de techniciens, avaient été conviés à une démonstration privée. J’ai été témoin de la réaction de M.Kawakami, regrettant que ses ingénieurs n’aient pas été à l’origine de cette invention.

Durant cette année 1971, Allen se concentra sur l’optimisation de la technologie numérique et les processus de fabrication des orgues. Dans le même temps, Rockwell cherchait à écouler un maximum de circuits LSI, à destination de l’ensemble des fabricants d’orgue de salon. Yamaha étant une pièce maîtresse de ce marché, Rockwell fit pression sur Jerome pour que la technologie d’Allen lui fût vendue. Jerome refusa, préférant se concentrer sur le marché des orgues d’église. Rockwell menaça alors de ne plus approvisionner Allen en circuits LSI, ce qui aurait entraîné une cessation d’activité. J’ai pu, dans le cadre du litige qui suivit, examiner les pièces du dossier Rockwell et en démêler les arcanes.

Milieu des années 70 : Allen avait résolu défis techniques et défis de production de l’orgue numérique. Il possédait les brevets liés à tout instrument de musique. Enfin, l’orgue numérique dominait le marché liturgique. Allen pris alors la décision stratégique de ne pas monopoliser cette technologie, mais plutôt de proposer des licences aux autres fabricants d’orgue et de synthétiseurs. L’une de mes responsabilités, après que j’eus, en 1975, rejoint la société à temps plein, fut de négocier ces accords de licences. Finalement, de tels accords furent conclus avec la plupart des fabricants d’instruments de musique à clavier, y compris avec Yamaha. Les autres restèrent par là même attachés à la technologie analogique jusqu’à l’expiration des brevets, fin des années 80. Allen utilisa la technologie Rockwell jusqu’en 1982, pour ensuite accomplir des sauts générationnels.

Aujourd’hui la toute dernière, GeniSys™, propose en sus une interface tactile conviviale, une acoustique à convolution, une accessibilité smartphones, une connectivité WiFi et 250 voix haute définition dynamiques (modifiables). Grâce à un logiciel exclusif et à sa bibliothèque SoundMatrix™, les jeux Allen peuvent répondre aux goûts et aux attentes des organistes les plus exigeants. Enfin une Stoplist Library™ leur permet, via le toucher d’écran, d’explorer différentes écoles de facture d’orgue : American Classic, English Cathedral, Cavaillé-Coll, Arp Schnitger, Schlicker, Aeolian-Skinner ainsi que plusieurs suites d’orgue de cinéma.

Les rêves, la vision et le dévouement de mon père ont été une source d’innovation tant dans le domaine de l’orgue analogique que de l’orgue numérique.

Jerome est décédé en 1991, j’étais devenu président un an plus tôt. La mission de la société est restée inchangée : offrir aux églises, aux organistes du monde entier, et ce grâce à l’électronique, les plus beaux sons des orgues à tuyaux. Nous accompagnons aussi sans faille nos clients, en assurant la fourniture de pièces et la maintenance d’instruments hors production depuis des décennies.

La musique, les instruments de musique, sont depuis toujours un bien de l’humanité. Le numérique a joué un rôle important, durant le dernier demi-siècle, à son expression. Tout a commencé avec Allen. Et je suis honoré d’avoir été témoin et acteur de cela.

On m’a demandé si l’histoire aurait changé, sans la vision, le courage et la pugnacité de Jerome Markowitz dans cette aventure de collaboration entrepreneuriale. Je suis persuadé que le projet industriel d’orgue numérique de Rockwell n’aurait pas abouti, et que la technologie du son numérique aurait été retardée de plusieurs années.

En huit décennies, Allen Organ Company a installé quelque 80.000 instruments, dans plus de 70 pays ; elle a employé des milliers de travailleurs. Un succès, répétons-le, dû au caractère visionnaire de Jerome Markowitz, de son dévouement à l’art de la facture d’orgue et de son volontarisme, quels qu’en soient les risques, à réaliser ses objectifs.

Une réussite scientifique et commerciale unique au service de la musique.

S.  Markowitz

N’hésitez pas à consulter le site international d’Allen Organ pour plus de renseignements sur les orgues et l’histoire de l’entreprise.